"Si les femmes ont les pieds plus petits que les hommes, c'est pour se tenir plus près de l'évier."
Riez, allez-y. Après tout, ce n'est "qu'une blague". Une petite plaisanterie comme on en entend partout, au bureau, dans les repas de famille, dans les soirées entre amis. Rien de bien méchant, non ?
Sauf que derrière ce genre d'humour se cache un mécanisme bien rodé : celui de la banalisation. On répète, on rit, on ne questionne pas. Et petit à petit, ces blagues participent à ancrer des stéréotypes sexistes dans l’inconscient collectif. Parce qu’une blague, ce n’est jamais juste une blague. C’est un reflet de la société, de ses normes, de ce qu’elle accepte et de ce qu’elle tolère.
Alors, prenons un instant pour décortiquer l’absurdité de cet humour et voir en quoi il n’est pas aussi innocent qu’il le prétend.
Un humour qui repose sur des stéréotypes absurdes
Les blagues sexistes fonctionnent toujours sur le même principe : réduire une catégorie de personnes à des rôles figés et dépassés. Quand elles visent les femmes, elles les renvoient à des clichés éculés : la ménagère, la femme bavarde, l’incapable en technologie ou en conduite.
Essayons un instant d’inverser la logique :
"Si les hommes ont des mains plus grandes que les femmes, c’est pour mieux frotter les assiettes."
"Si les hommes ont un meilleur sens de l'orientation c'est pour trouver plus facilement le lave-vaisselle."
On est d’accord, c’est ridicule. Pourtant, ce type de blagues, quand elles visent les femmes, ne posent pas de problème à grand monde. Parce que l’humour sexiste ne fonctionne que dans un sens : celui qui maintient une inégalité.
Le vrai problème, ce n’est pas tant la blague elle-même, c’est le message qu’elle véhicule et l’acceptation collective qu’elle entraîne.
"C’est juste pour rire" : vraiment ?
Dès qu’on remet en question une blague sexiste, l’argument qui tombe en premier, c’est "Faut pas tout prendre au sérieux, c’est juste de l’humour."
Vraiment ? Alors pourquoi certaines blagues, autrefois courantes, sont aujourd’hui largement rejetées ? Parce que l’humour évolue avec la société.
Il y a 50 ans, les blagues racistes étaient monnaie courante. Aujourd’hui, elles sont (heureusement) bien moins tolérées.
Il y a 30 ans, les blagues homophobes passaient sans problème à la télé. Aujourd’hui, elles sont dénoncées.
Et pourtant, les blagues sexistes restent socialement acceptées.
Pourquoi ? Parce qu’on considère encore que les inégalités hommes-femmes ne sont "pas si graves", que ce sont "des broutilles". Mais ces blagues contribuent justement à entretenir cette idée. Elles minimisent les discriminations et retardent leur remise en question.
Quand on normalise un discours, on normalise ce qui en découle.
La banalisation : quand l’humour devient une arme insidieuse
L’humour sexiste n’est pas juste un problème de blagues lourdes ou de mauvais goût. C’est un outil de banalisation des inégalités.
1. Il conditionne les mentalités.
Une petite blague sur les "femmes nulles en maths" semble anodine, mais elle s’ajoute à un environnement qui, déjà, décourage les filles de poursuivre des carrières scientifiques.
Une plaisanterie sur les "femmes au volant, danger au tournant" renforce une image d’incompétence qui peut inconsciemment jouer sur la perception qu’on a des femmes conductrices.
2. Il excuse des comportements problématiques.
Une blague sur la "place des femmes à la cuisine" peut sembler inoffensive. Mais quand ces idées sont répétées à longueur de journée, elles finissent par justifier des attentes réelles (qui fait la vaisselle chez toi, déjà ?).
Des blagues sur les "femmes qui disent non mais pensent oui" banalisent des comportements bien plus graves, comme le non-respect du consentement.
3. Il rend la remise en question difficile.
Quand on critique une blague sexiste, on passe pour quelqu’un de "coincé", de "trop sérieux".
C’est une manière d’empêcher toute évolution : si on ne peut même plus questionner l’humour, alors on empêche toute discussion sur ce qu’il reflète.
C’est comme ça que des comportements discriminatoires se maintiennent, cachés derrière un rire collectif.
Vers un humour plus intelligent
Alors, doit-on arrêter de rire de tout ? Bien sûr que non. L’humour est un outil puissant, capable de dénoncer, de faire réfléchir et de briser les absurdités. Mais il peut le faire sans être une arme d’oppression déguisée.
Les humoristes les plus brillants aujourd’hui sont ceux qui parviennent à faire rire sans s’appuyer sur des stéréotypes éculés. Ils montrent qu’on peut rire des relations hommes-femmes, du quotidien, des absurdités de la société… sans ridiculiser l’un des deux sexes.
L’humour peut être un levier de changement. Rire du sexisme, au lieu de s’en servir, c’est déjà une avancée.
Conclusion : Rire, oui, mais pas à n’importe quel prix
L’humour sexiste est absurde, pas seulement parce qu’il repose sur des stéréotypes ridicules, mais aussi parce qu’il contribue à maintenir une société inégalitaire sous couvert de légèreté.
Ce n’est pas parce qu’on rit que l’impact disparaît. Ce n’est pas parce que c’est drôle que ce n’est pas grave.
Alors, la prochaine fois qu’une blague sexiste fuse, demandez-vous : est-ce que c’est vraiment drôle ? Ou est-ce juste une façon d’entretenir un système qui ne profite qu’à certains ?
Parce qu’en fin de compte, l’humour ne disparaît pas quand on se débarrasse des clichés dépassés. Il devient juste meilleur.
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